Les dix cartes numérales de chaque famille pourraient raconter les différentes manières dont une même force se déploie à l’intérieur de cette Roue. De l’As au 10, l’élément naît, s’intensifie, rencontre des résistances, se divise, se rassemble, se transforme, atteint parfois une limite avant qu’un nouveau mouvement ne devienne nécessaire. Le feu du Bâton nous traverse dans nos désirs, nos élans, notre volonté d’agir. L’eau de la Coupe nous traverse dans nos émotions, nos attachements, nos joies et nos blessures. L’air de l’Épée nous traverse dans nos pensées, nos jugements, nos conflits intérieurs, nos choix. Et la terre des Deniers recueille tout cela dans le monde concret, dans le corps, dans ce que nous possédons, construisons, perdons ou faisons naître.
Sur La Roue de Fortune, trois êtres sont pris dans son mouvement. Ils montent, dominent un instant, redescendent. Sans vouloir enfermer l’image dans une correspondance définitive, on peut y entendre quelque chose des trois premières forces que nous venons de rencontrer : le désir qui nous pousse, l’émotion qui nous emporte, la pensée qui cherche à comprendre et à gouverner. Et peut-être que la quatrième famille, celle des Deniers, est déjà là autrement : dans la Roue elle-même. Dans ce qui donne corps au mouvement. Dans cette matière circulaire qui permet à toutes ces forces de se manifester.
Mais la Roue possède un détail essentiel : son moyeu. Et ce moyeu est rouge. Au cœur de tout ce qui tourne, monte et redescend, le Tarot place donc une couleur de Vie, d’énergie et de puissance. Quelque chose est déjà là, au centre du mouvement, comme une force créatrice présente mais que nous n’habitons pas encore nécessairement en conscience. Le moyeu et la Roue ne sont pas deux réalités différentes. Ils appartiennent à une seule et même pièce. Pourtant, l’expérience que l’on fait du mouvement change radicalement selon l’endroit où l’on se situe. À la périphérie, tout va vite. Plus nous sommes éloignés du centre, plus nous sommes emportés.
Nos désirs deviennent des injonctions.
Nos émotions nous submergent.
Nos pensées deviennent des vérités auxquelles nous obéissons.
Les événements extérieurs décident de nos états intérieurs.